Editorial 2020

NATURE(S)

« L'art, c'est l'homme ajouté à la nature. »  Francis Bacon (1561-1626)

 

Si les encyclopédistes définissent la « nature » comme « l’ensemble de la réalité matérielle considérée comme indépendante de l'activité et de l'histoire humaines », force est de constater que l’humanité entretient une relation ambigüe avec cette nature qui la fascine autant qu’elle l’effraie. L’humanité en fait partie, mais elle s’en détache et semble pouvoir la maîtriser, devenant pour elle, tantôt fléau, tantôt gardienne.

 

Lors des grandes découvertes du Nouveau Monde, une nature incongrue et luxuriante fait irruption dans la vie paisible de la vieille Europe. Cette nature est l’objet de toutes les fascinations et interrogations. Les scientifiques l’explorent. On voyage, on cartographie, on décrit, on classe : animaux, végétaux, genres, espèces, éléments, climats…

 

Pour les artistes des XVIIe et XVIIIe siècles, la Nature est une réalité sensible qui constitue l’objet ou le point de départ de leur œuvre artistique. Peintres, musiciens ou architectes cherchent à l’imiter, à la représenter, à la sublimer, à la rêver. Art de la nature et nature de l’art se mêlent. De nouveaux genres artistiques naissent : les peintres flamands s’affirment dans l’art animalier, d’autres se passionnent pour les natures mortes et les paysages, d’autres encore constituent leur « cabinet de curiosités ».

 

Les musiciens rivalisent de créativité pour mettre en musique la nature. Des premières figures mythologiques ou bibliques de musiciens (Orphée, Jubal, David…) aux doux bergers d’Arcadie en passant par les magiciennes renversant l’ordre des éléments, la musique baroque s’emploie à écouter cette Nature amie, confidente et miroir des émotions humaines. Elle devient une source inépuisable d’inspiration pour les compositeurs (Clérambault, Vivaldi, Telemann, …) qui n’hésitent pas à lui consacrer de nombreuses œuvres de grandes et de petites formes. Cris d’oiseaux, vrombissement des mers tempétueuses, calme nocturne d’une forêt habitée, lieu paisible et pastoral…

 

Mais dans ces siècles pétris d’Humanisme : que dire de la nature du monde visible et du monde invisible ? Des Hommes et des Dieux ? De la nature des choses ? De la nature des passions humaines ?  De la nature connue et de celle qui reste à découvrir ? De nos patrimoines naturels ?

 

Quelle thématique passionnante ! Je vous invite à y plonger avec curiosité et délectation, le temps de ce 14e festival Embar(o)quement immédiat. De concerts en insolites, d’escapades en ateliers participatifs, j’espère que vous prendrez autant de plaisir à vivre le festival que nous en avons eu à vous le préparer.

 

 

Yannick LEMAIRE 

et toute l’équipe d’Harmonia Sacra

 

Nature